{"id":10023,"date":"2022-02-22T06:30:05","date_gmt":"2022-02-22T05:30:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2022\/02\/22\/gael-perdriau-il-faudra-accepter-que-dans-le-futur-la-production-des-memes-richesses-reclame-de-moins-en-moins-de-travail_6114706_3232.html"},"modified":"2022-02-22T06:30:05","modified_gmt":"2022-02-22T05:30:05","slug":"gael-perdriau-il-faudra-accepter-que-dans-le-futur-la-production-des-memes-richesses-reclame-de-moins-en-moins-de-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/gael-perdriau-il-faudra-accepter-que-dans-le-futur-la-production-des-memes-richesses-reclame-de-moins-en-moins-de-travail\/","title":{"rendered":"Ga\u00ebl Perdriau : \u00ab\u00a0Il faudra accepter que dans le futur la production des m\u00eames richesses r\u00e9clame de moins en moins de travail\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"
Tribune.<\/strong> Nous ignorons, depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 du monde du travail, issue de la r\u00e9volution num\u00e9rique. Nous d\u00e9tournons le regard de ce que le penseur allemand G\u00fcnther Anders (1902-1992) proph\u00e9tisait, \u00e0 savoir l\u2019obsolescence de l\u2019homme supplant\u00e9 par la machine. Incapable de penser l\u2019infini des potentiels qu\u2019offre la technologie, l\u2019homme s\u2019abandonne, presque par caprice, \u00e0 une course sans fin \u00e0 des besoins croissants, parfois inutiles, r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019humeur du temps plus qu\u2019\u00e0 une r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n Tout cela ne serait peut-\u00eatre pas grave si cette \u00e9volution s\u2019accompagnait du traditionnel mouvement de destruction cr\u00e9atrice, mis en \u00e9vidence par l\u2019\u00e9conomiste Joseph Schumpeter (1883-1950)<\/a>, permettant de compenser les emplois d\u00e9truits dans les anciens secteurs par ceux cr\u00e9\u00e9s. Or la r\u00e9volution num\u00e9rique est venue rompre cet agencement traditionnel. De plus, dans la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019actionnaire-roi, o\u00f9 le citoyen tend \u00e0 s\u2019effacer derri\u00e8re le consommateur et le bulletin de vote derri\u00e8re la carte bleue, l\u2019Etat voit son action limit\u00e9e \u00e0 la cr\u00e9ation des conditions optimales (\u00e9conomiques, sociales, juridiques ou fiscales) permettant aux entreprises de maximiser leurs b\u00e9n\u00e9fices. Comment s\u2019\u00e9tonner alors que la solidarit\u00e9 recule, prise en otage par des consid\u00e9rations financi\u00e8res ou nationalistes ?<\/p>\n Financiarisation du capitalisme et num\u00e9risation de la soci\u00e9t\u00e9 font croire \u00e0 l\u2019homme que sa finitude est le symbole m\u00eame de son inutilit\u00e9. C\u2019est ainsi que le g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle percevait, avec acuit\u00e9, les effets produits sur les hommes par la m\u00e9canisation croissante : \u00ab Il y a le sentiment attristant et irritant qu\u2019\u00e9prouvent les hommes d\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u2019\u00eatre saisis et entra\u00een\u00e9s par un engrenage \u00e9conomique et social qu\u2019ils ne ma\u00eetrisent pas. \u00bb<\/em><\/p>\n Or n\u2019oublions jamais que le travail et l\u2019emploi ne sont pas synonymes. Participer b\u00e9n\u00e9volement \u00e0 l\u2019action d\u2019une association constitue, bien souvent, un vrai travail tandis qu\u2019un emploi suppose un ensemble de droits concrets, rattach\u00e9s \u00e0 un contrat, donn\u00e9s en contrepartie d\u2019un travail apport\u00e9 par le salari\u00e9 \u00e0 son employeur.<\/p>\n Ainsi, la num\u00e9risation de la soci\u00e9t\u00e9 implique que le travail se transforme en profondeur. Il faudra sans doute accepter que dans le futur, \u00e0 volume constant de richesse, la production r\u00e9clame de moins en moins de travail. Cela induira, sans doute, que les emplois cr\u00e9\u00e9s n\u00e9cessitent un niveau de formation initiale \u00e9lev\u00e9 et une actualisation permanente des connaissances.<\/p>\n De nouveaux besoins verront le jour dans des domaines tels que l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, les services \u00e0 la personne, la protection de l\u2019environnement ou la culture, mais il n\u2019est pas \u00e9vident que les emplois induits soient suffisants pour compenser ceux d\u00e9truits dans les secteurs issus de la r\u00e9volution industrielle. Nous devons prendre la pleine mesure de la r\u00e9volution num\u00e9rique et de ses cons\u00e9quences directes sur le travail ainsi que sur l\u2019emploi qui lui est, parfois, attach\u00e9.<\/p>\n Il vous reste 32.55% de cet article \u00e0 lire. La suite est r\u00e9serv\u00e9e aux abonn\u00e9s.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Tribune. Nous ignorons, depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, la nouvelle r\u00e9alit\u00e9 du monde du travail, issue de la r\u00e9volution num\u00e9rique. Nous d\u00e9tournons le regard de ce que le penseur allemand G\u00fcnther Anders (1902-1992) proph\u00e9tisait, \u00e0 savoir l\u2019obsolescence de l\u2019homme supplant\u00e9 par la machine. Incapable de penser l\u2019infini des potentiels qu\u2019offre la technologie, l\u2019homme s\u2019abandonne, presque par<\/p><\/div>\nDe moins en moins de travail<\/h2>\n