{"id":818,"date":"2018-09-21T18:40:22","date_gmt":"2018-09-21T16:40:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/tiny\/5358544\/"},"modified":"2018-09-21T18:40:22","modified_gmt":"2018-09-21T16:40:22","slug":"impots-pouvoir-dachat-emploi-les-contre-verites-de-benjamin-griveaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/impots-pouvoir-dachat-emploi-les-contre-verites-de-benjamin-griveaux\/","title":{"rendered":"Imp\u00f4ts, pouvoir d\u2019achat, emploi\u00a0: les contre-v\u00e9rit\u00e9s de Benjamin Griveaux"},"content":{"rendered":"
Ce qu\u2019il a dit<\/strong><\/p>\n Interrog\u00e9 sur le pouvoir<\/a> d\u2019achat des retrait\u00e9s, Benjamin Griveaux a d\u00e9fendu le calendrier des r\u00e9formes, \u00e9voquant le fait qu\u2019apr\u00e8s la hausse de la contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (CSG) au d\u00e9but de 2018, une bonne partie des retrait\u00e9s b\u00e9n\u00e9ficierait de la baisse d\u2019un tiers de la taxe d\u2019habitation en octobre\u00a02018.<\/p>\n \u00ab\u00a0Vous avez d\u2019abord augment\u00e9 les imp\u00f4ts et maintenant vous dites qu\u2019on va les baisser\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, demande alors le journaliste de LCI Christophe Jakubyszyn. \u00ab\u00a0C\u2019est inexact, on n\u2019a augment\u00e9 aucun imp\u00f4t. Aucun\u00a0\u00bb<\/em>, lui r\u00e9torque Benjamin Griveaux. Et \u00ab\u00a0la CSG\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em>, l\u2019interpelle le journaliste. Le porte-parole du gouvernement justifie alors la politique \u00e9conomique du gouvernement, qui vise selon lui \u00e0 ce que \u00ab\u00a0le travail paie mieux\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n Benjamin Griveaux joue ici sur les mots\u00a0: quoi qu\u2019on en pense, le gouvernement a bien augment\u00e9 certaines taxes ou imp\u00f4ts. La hausse du taux normal de la contribution sociale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de 1,7 point au d\u00e9but de 2018 en est un exemple. Mais on peut aussi citer<\/a> la hausse de la fiscalit\u00e9 des carburants, certes d\u00e9cid\u00e9e pour des consid\u00e9rations environnementales, ainsi que celle du prix du tabac, l\u00e9gitim\u00e9e par des imp\u00e9ratifs de sant\u00e9 publique. \u00ab\u00a0On augmente les imp\u00f4ts sur ce qui pollue\u00a0\u00bb<\/em>, a d\u2019ailleurs d\u00e9clar\u00e9 la ministre des transports, Elisabeth Borne<\/a>, vendredi sur Europe 1 au sujet du prix des carburants.<\/p>\n Au cr\u00e9dit du porte-parole du gouvernement, on peut n\u00e9anmoins noter<\/a> que le taux de pr\u00e9l\u00e8vements obligatoires devrait baisser<\/a> en\u00a02018 par rapport en\u00a02017, passant de 44,7\u00a0% \u00e0 44,3\u00a0%, selon les pr\u00e9visions gouvernementales<\/a>. S\u2019il est faux d\u2019affirmer qu\u2019aucun imp\u00f4t n\u2019a augment\u00e9, il est vrai que les imp\u00f4ts, au sens large, devraient diminuer<\/a>.<\/p>\n Lire aussi : \u00a0 A\u00a0la hausse ou \u00e0 la baisse, 24 mesures du gouvernement qui affectent votre pouvoir d\u2019achat <\/a>\n<\/p>\n Ce qu\u2019il a dit<\/strong><\/p>\n Le journaliste de LCI a cit\u00e9, au cours de l\u2019interview, une \u00e9tude de l\u2019Observatoire fran\u00e7ais des conjonctures \u00e9conomiques (OFCE, un organisme de pr\u00e9vision et d\u2019\u00e9valuation des politiques publiques), selon laquelle la somme des mesures prises par le gouvernement en\u00a02018 aurait un effet nul sur le pouvoir d\u2019achat, avant une hausse de celui-ci en\u00a02019.<\/p>\n Un point contest\u00e9 par Benjamin Griveaux \u00e0 plusieurs reprises\u00a0: \u00ab\u00a0Cela ne peut pas \u00eatre<\/a> z\u00e9ro en\u00a02018\u00a0\u00bb<\/em>, a-t-il tranch\u00e9. Et de citer les principales dispositions du gouvernement en faveur du pouvoir d\u2019achat\u00a0: baisse des cotisations salariales\u00a0; baisse d\u2019un tiers de la taxe d\u2019habitation pour 80\u00a0% des contribuables\u00a0; hausse du minimum vieillesse\u2026 En mati\u00e8re de pouvoir d\u2019achat, \u00ab\u00a0il faut faire<\/a> le total\u00a0\u00bb<\/em> des mesures favorables et d\u00e9favorables, a-t-il estim\u00e9.<\/p>\n L\u2019OFCE a publi\u00e9 jeudi une \u00e9tude<\/a> sur l\u2019effet des mesures prises par le gouvernement sur le pouvoir d\u2019achat en\u00a02018 et en 2019. L\u2019effet total de celles-ci serait ainsi quasi nul pour l\u2019ann\u00e9e en cours (+ 0,1\u00a0milliard), mais plus notable \u00e0 partir<\/a> de l\u2019ann\u00e9e 2019 (+ 3,5\u00a0milliards).<\/p>\n Contrairement \u00e0 ce qu\u2019affirme Benjamin Griveaux, ces pr\u00e9visions tiennent compte de l\u2019ensemble des annonces gouvernementales. Ainsi, l\u2019OFCE estime que la fiscalit\u00e9 directe baisserait de 4,3\u00a0milliards d\u2019euros en\u00a02018 et de 9,4\u00a0milliards d\u2019euros en\u00a02019. Elle juge aussi que les prestations sociales augmenteront de 1\u00a0milliard d\u2019euros en\u00a02018, mais baisseront de 2,3\u00a0milliards d\u2019euros en\u00a02019 (principalement \u00e0 cause de la d\u00e9sindexation des pensions de retraite, d\u2019autres mesures \u00e9tant par ailleurs favorables au pouvoir d\u2019achat).<\/p>\n Il ne s\u2019agit bien s\u00fbr que de pr\u00e9visions, et il faudra encore patienter<\/a> plusieurs mois pour pouvoir analyser<\/a> avec certitude l\u2019\u00e9volution du pouvoir d\u2019achat. D\u2019autant que certains points font l\u2019objet de controverses, comme la hausse de la fiscalit\u00e9 du tabac<\/a>\u00a0: le gouvernement estime que l\u2019OFCE, tout comme l\u2019Insee, surestime son effet sur le portefeuille des m\u00e9nages en sous-estimant la baisse induite de la consommation de cigarettes.<\/p>\n Lire aussi : \u00a0 Comment la hausse du prix du tabac p\u00e8se sur les pr\u00e9visions de pouvoir d\u2019achat <\/a>\n<\/p>\n Cependant, Benjamin Griveaux occulte une r\u00e9alit\u00e9 de taille\u00a0: les deux mesures les plus fortes en mati\u00e8re de pouvoir d\u2019achat du gouvernement en\u00a02018 sont la r\u00e9forme de la taxe d\u2019habitation (+ 3\u00a0milliards, selon l\u2019OFCE) et la \u00ab\u00a0transformation\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019imp\u00f4t sur la fortune (ISF, + 3,2\u00a0milliards). Or, la seconde ne profitera qu\u2019aux quelque 330\u00a0000 m\u00e9nages fortun\u00e9s redevables de l\u2019ISF jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, qui sont les grands gagnants du premier budget du quinquennat<\/a>.<\/p>\n Si l\u2019on exclut la baisse de l\u2019ISF, la balance du pouvoir d\u2019achat en\u00a02018 pour les foyers fran\u00e7ais vire au rouge. Il ne s\u2019agit bien s\u00fbr que d\u2019un constat d\u2019ensemble, qui cache des situations extr\u00eamement variables, mais qu\u2019on ne peut balayer<\/a> d\u2019un revers de la main.<\/p>\n Ce qu\u2019il a dit<\/strong><\/p>\n Interrog\u00e9 sur l\u2019\u00e9change entre Emmanuel Macron et un jeune horticulteur au ch\u00f4mage le 15\u00a0septembre, au cours duquel le chef de l\u2019Etat lui a recommand\u00e9 de postuler<\/a> dans l\u2019h\u00f4tellerie, la restauration ou le b\u00e2timent, le porte-parole du gouvernement a affirm\u00e9 ceci\u00a0:<\/p>\n \u00ab\u00a0Moi, ce que je veux dire<\/a> suite \u00e0 l\u2019\u00e9pisode du week-end dernier que vous mentionnez, [c\u2019est que] l\u2019an dernier en France, il y a 300\u00a0000 offres d\u2019emploi o\u00f9 il n\u2019y a jamais eu de personne en face \u00e0 proposer<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n On ne peut pas affirmer<\/a>, comme le fait Benjamin Griveaux, que 300\u00a0000 offres d\u2019emploi n\u2019auraient pas fait l\u2019objet de ne serait-ce qu\u2019une candidature en\u00a02017 en France.<\/p>\n Ce chiffre est en fait tir\u00e9 d\u2019une enqu\u00eate de P\u00f4le emploi publi\u00e9e en d\u00e9cembre\u00a02017<\/a> (\u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre exhaustive, il s\u2019agit de la plus vaste sur la question). Selon cette derni\u00e8re, 2,9\u00a0millions des 3,2\u00a0millions d\u2019offres d\u2019emploi \u00ab\u00a0d\u00e9pos\u00e9es \u00e0 P\u00f4le emploi sur une ann\u00e9e\u00a0\u00bb <\/em>ont \u00e9t\u00e9 pourvues. Restent donc 300\u00a0000 offres d\u2019emploi qui n\u2019ont pas trouv\u00e9 preneur. Mais il est faux d\u2019affirmer que ce serait par absence totale de candidature.<\/p>\n En r\u00e9alit\u00e9, ce chiffre englobe 97\u00a0000 recrutements annul\u00e9s parce que le besoin d\u2019embauche avait disparu (par exemple lorsque l\u2019employeur n\u2019a plus le budget) et 53\u00a0000 pour lesquels le recrutement se poursuivait au moment de l\u2019\u00e9tude. Les 150\u00a0000 offres restantes sont, elles, \u00e9tiquet\u00e9es comme \u00ab\u00a0abandon de recrutement faute de candidats\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n Mais attention\u00a0: dans 87\u00a0% des cas, l\u2019employeur potentiel a bien re\u00e7u des candidatures avant de renoncer<\/a> \u00e0 recruter<\/a>. Il les aura simplement \u00e9cart\u00e9es, les jugeant insatisfaisantes. Dans \u00ab\u00a0la moiti\u00e9 des cas, l\u2019offre a recueilli entre une et cinq candidatures\u00a0\u00bb<\/em>, pr\u00e9cise P\u00f4le emploi. Le cas des offres qui n\u2019ont fait l\u2019objet d\u2019aucune candidature, \u00e9voqu\u00e9 par Benjamin Griveaux, ne concerne \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e non pas 300\u00a0000 offres mais 19\u00a0500, selon cette \u00e9tude. Soit environ 0,6\u00a0% de l\u2019ensemble des offres d\u2019emploi.<\/p>\n En r\u00e9sum\u00e9, cette \u00e9tude de P\u00f4le emploi montre bien des tensions sur le march\u00e9 du travail, entre les attentes des recruteurs et les candidatures qui leur parviennent r\u00e9ellement. Mais cet \u00e9cart peut aussi s\u2019expliquer par des d\u00e9fauts d\u2019attractivit\u00e9 des postes concern\u00e9s, et en tout cas dans une tr\u00e8s faible proportion par une absence totale de main-d\u2019\u0153uvre pr\u00eate \u00e0 travailler<\/a>.<\/p>\nPOURQUOI C\u2019EST FAUX<\/span><\/h2>\n
2. Un argument contestable sur le pouvoir d\u2019achat<\/span><\/h2>\n
POURQUOI C\u2019EST CONTESTABLE<\/span><\/h2>\n
3. Une intox sur les emplois non pourvus<\/span><\/h2>\n
POURQUOI C\u2019EST FAUX<\/span><\/h2>\n