{"id":6066,"date":"2019-10-01T06:15:20","date_gmt":"2019-10-01T04:15:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/campus\/article\/2019\/10\/01\/au-japon-le-rugby-universitaire-est-surtout-une-passerelle-pour-l-emploi_6013713_4401467.html"},"modified":"2019-10-01T06:15:20","modified_gmt":"2019-10-01T04:15:20","slug":"au-japon-le-rugby-universitaire-est-surtout-une-passerelle-pour-lemploi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/au-japon-le-rugby-universitaire-est-surtout-une-passerelle-pour-lemploi\/","title":{"rendered":"Au Japon, le rugby universitaire est surtout une passerelle pour l\u2019emploi"},"content":{"rendered":"
Tr\u00e8s populaire, le rugby universitaire japonais peine \u00e0 faire \u00e9merger des champions professionnels, qui restent prisonniers d\u2019un syst\u00e8me fonctionnant en circuit ferm\u00e9. <\/p>\n<\/p><\/div>\n
Par Philippe Mesmer<\/a> <\/span> Publi\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 06h15, mis \u00e0 jour \u00e0 11h24<\/span> <\/p>\n Temps de <\/span>Lecture 2 min. <\/p>\n<\/p><\/div>\n Dans l\u2019imaginaire rugbystique japonais, le rugby universitaire occupe une place \u00e0 part. Son championnat annuel, remport\u00e9 en\u00a02019 par l\u2019universit\u00e9 Meiji, reste si populaire que ses phases finales sont retransmises en direct par la cha\u00eene publique NHK, avec de bonnes audiences dans un pays o\u00f9 ce sport n\u2019est pratiqu\u00e9 que par 75\u00a0000 personnes.<\/p>\n Ce succ\u00e8s tient \u00e0 son histoire. C\u2019est \u00e0 l\u2019universit\u00e9 priv\u00e9e Keio de Tokyo que l\u2019Ecossais Edward Bramwell Clarke (1874-1934), dipl\u00f4m\u00e9 de Cambridge, a cr\u00e9\u00e9 en\u00a01899 une section rugby, avec Ginnosuke Tanaka (1873-1933), un Japonais lui aussi pass\u00e9 par Cambridge. Le sport s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9, conservant une image quelque peu aristocratique, notamment par le soutien du prince Chichibu (1902-1953) dont le stade de rugby de la capitale porte le nom.<\/p>\n Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, le rugby universitaire a fortement contribu\u00e9 \u00e0 la renaissance de ce sport et \u00e0 sa popularit\u00e9, qui a atteint un paroxysme dans les ann\u00e9es 1980. Ainsi, le match du 5\u00a0d\u00e9cembre\u00a01982 <\/b>entre Waseda et Meiji, bastions historiques du championnat universitaire, a attir\u00e9 66\u00a0999 spectateurs au stade national de Tokyo, construit pour les Jeux olympiques en\u00a01964. Des centaines de milliers de personnes s\u2019\u00e9taient vu refuser l\u2019entr\u00e9e. Les billets avaient \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s \u00e0 la loterie.<\/p>\n Au Japon, le rugby a toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une bonne \u00e9cole pour acqu\u00e9rir les valeurs de l\u2019entreprise, notamment la loyaut\u00e9, la discipline et l\u2019engagement<\/p>\n<\/blockquote>\n \u00ab\u00a0Si vous pouviez jouer dans un match comme Waseda contre Meiji, vous aviez l\u2019impression que vous pouviez mourir tranquille\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient Manabu Matsuse, ancien talonneur de l\u2019\u00e9quipe de Waseda ayant particip\u00e9 \u00e0 la rencontre de 1982<\/strong>. \u00ab\u00a0L\u2019objectif \u00e9tait de jouer un match Waseda-Meiji. Le reste n\u2019\u00e9tait que bonus.\u00a0\u00bb<\/em> Au-del\u00e0 du sport, au Japon, le rugby a \u00e9galement toujours \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme une bonne \u00e9cole pour acqu\u00e9rir les valeurs de l\u2019entreprise, notamment la loyaut\u00e9, la discipline et l\u2019engagement, et les joueurs universitaires trouvent facilement du travail. Le r\u00e9seau des anciens leur facilite la t\u00e2che.<\/p>\n Mais ce fonctionnement pose un probl\u00e8me pour le rugby lui-m\u00eame, car il bloque l\u2019\u00e9mergence de joueurs de haut niveau. \u00ab\u00a0Dans les \u00e9quipes universitaires, il y a souvent 200 \u00e0 300\u00a0joueurs. Mais ce sont toujours un peu les m\u00eames qui jouent les matchs\u00a0\u00bb, <\/em>explique Takanobu Horikawa, manageur de l\u2019\u00e9quipe de rugby de Yamaha.<\/p>\n Alors que les joueurs dans la m\u00eame tranche d\u2019\u00e2ge, entre 18 et 22\u00a0ans, font leurs d\u00e9buts dans les grands championnats fran\u00e7ais, anglais ou n\u00e9o-z\u00e9landais, voire au niveau international, au Japon ils sont prisonniers du carcan universitaire. \u00ab\u00a0\u00c7a fait comme un trou dans leur carri\u00e8re. Au lyc\u00e9e, ils sont encore comp\u00e9titifs par rapport aux \u00e9trangers, mais apr\u00e8s, ils perdent leurs meilleures ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n Dans le m\u00eame temps, le rugby universitaire fonctionne un peu en circuit ferm\u00e9, avec un entra\u00eenement d\u2019un niveau limit\u00e9. Ce syst\u00e8me avait \u00e9t\u00e9 critiqu\u00e9 par l\u2019Australien Eddie Jones quand il entra\u00eenait le Japon, entre 2011 et 2015. \u00ab\u00a0J\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 un match universitaire le week-end, et c\u2019\u00e9tait comme si j\u2019avais remont\u00e9 le temps. Je pensais \u00eatre dans les ann\u00e9es 1950. Je dois \u00eatre honn\u00eate, ce n\u2019est tout simplement pas du rugby. Je ne sais pas ce qu\u2019ils font \u00e0 l\u2019entra\u00eenement, mais ils doivent changer\u00a0\u00bb, <\/em>d\u00e9clarait-il en\u00a02013, \u00e0 la veille d\u2019une tourn\u00e9e en Europe sans joueur d\u2019universit\u00e9.<\/p>\n Les seuls joueurs \u00e0 avoir r\u00e9cemment \u00e9merg\u00e9 au plus haut niveau entre 18 et 22\u00a0ans sont Kotaro Matsushima et Yoshikazu Fujita (tous deux n\u00e9s en\u00a01993). Le premier a abandonn\u00e9 ses \u00e9tudes apr\u00e8s le lyc\u00e9e pour aller s\u2019entra\u00eener \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, \u00e0 l\u2019acad\u00e9mie des Sharks en Afrique du Sud et dans l\u2019\u00e9quipe des moins de 19\u00a0ans de Toulouse notamment. Le second avait, avant l\u2019universit\u00e9, jou\u00e9 en Nouvelle-Z\u00e9lande.<\/p>\nFort engouement dans les ann\u00e9es 1980<\/h2>\n
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Prisonniers du carcan universitaire<\/h2>\n