{"id":5928,"date":"2019-09-23T19:00:10","date_gmt":"2019-09-23T17:00:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/afrique\/article\/2019\/09\/23\/nous-avons-l-impression-d-etre-incompris-en-france-la-difficile-rentree-des-etudiants-africains_6012743_3212.html"},"modified":"2019-09-24T14:36:39","modified_gmt":"2019-09-24T12:36:39","slug":"la-difficile-rentree-des-etudiants-africains-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/la-difficile-rentree-des-etudiants-africains-en-france\/","title":{"rendered":"La difficile rentr\u00e9e des \u00e9tudiants africains en France"},"content":{"rendered":"
Face \u00e0 l\u2019augmentation des frais d\u2019inscription et au manque de logements, un collectif de Paris-Nanterre proteste pour un meilleur acc\u00e8s aux universit\u00e9s fran\u00e7aises.<\/strong><\/em><\/p>\n Modibo Massak\u00e9 (au centre) est le porte-parole du Collectif des \u00e9tudiants \u00e9trangers de l\u2019universit\u00e9 de Nanterre. A droite, Mamoudou Falassa Sidib\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Association des \u00e9tudiants maliens d\u2019Ile-de-France.<\/p>\n \u00ab Salle 34, b\u00e2timent 2B ? OK j\u2019arrive ! \u00bb T\u00e9l\u00e9phone \u00e0 l\u2019oreille, Modibo Massak\u00e9 demande \u00e0 l\u2019un de ses amis o\u00f9 se d\u00e9roule la r\u00e9union du Collectif des \u00e9tudiants \u00e9trangers de l\u2019universit\u00e9 de Nanterre, jeudi 19 septembre. Le Malien de 24 ans, matricul\u00e9 en master 2 de sciences de l\u2019\u00e9ducation, est porte-parole de ce mouvement qui veut encourager l\u2019entraide entre des jeunes, principalement originaires d\u2019Afrique, souvent perdus \u00e0 leur arriv\u00e9e dans une universit\u00e9 fran\u00e7aise. Au milieu de l\u2019immense campus de Paris-X, loin des bavardages de sortie de cours, une trentaine d\u2019\u00e9tudiants venus du Maghreb et d\u2019Afrique subsaharienne augmente le ton. La rentr\u00e9e n\u2019a pas encore eu lieu qu\u2019ils sont d\u00e9j\u00e0 exasp\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n Ibrahim est l\u2019un d\u2019entre eux. Il a parcouru des milliers de kilom\u00e8tres pour faire ses \u00e9tudes en France. Sa demande d\u2019inscription \u00e0 Nanterre, d\u00e9pos\u00e9e en juin, n\u2019a pas encore abouti et il est sans abri. Malgr\u00e9 ces difficult\u00e9s, celui qui a d\u00e9j\u00e0 obtenu au S\u00e9n\u00e9gal un dipl\u00f4me de langue \u00e9trang\u00e8re appliqu\u00e9e veut garder espoir. Au bout du tunnel, il entrevoit la lumi\u00e8re. \u00ab Lors de mon arriv\u00e9e en France, j\u2019ai affront\u00e9 la solitude. C\u2019\u00e9tait vraiment difficile \u00bb, d\u00e9clare-t-il. Isol\u00e9 de sa famille et de ses amis rest\u00e9s au pays, le jeune homme a pu compter sur l\u2019entraide du collectif. \u00ab Nous allons nous battre pour avoir le m\u00eame avenir que les \u00e9tudiants fran\u00e7ais \u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n \u00ab Tout ce que nous voulons, c\u2019est \u00e9tudier et apprendre \u00bb<\/p>\n A ses c\u00f4t\u00e9s, Seny est comme abasourdi. Il ne comprend pas pourquoi les universit\u00e9s dans lesquelles il a postul\u00e9 ont refus\u00e9 son dossier. \u00ab J\u2019ai candidat\u00e9 \u00e0 un dipl\u00f4me \u00e0 Paris-VIII pour compl\u00e9ter ma formation en informatique et \u00e0 un cursus de philosophie \u00e0 la Sorbonne. Mes demandes ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es. Pour quel motif ? Je ne comprends pas, car j\u2019avais de tr\u00e8s bonnes notes en philosophie au lyc\u00e9e ! \u00bb, proteste l\u2019\u00e9tudiant s\u00e9n\u00e9galais d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Son r\u00eave est de travailler un jour au service de la France. Exasp\u00e9r\u00e9 de devoir se justifier, il d\u00e9clare, portant la main \u00e0 son c\u0153ur : \u00ab Ce n\u2019est pas un hasard si j\u2019ai choisi de venir ici. J\u2019aime ce pays. \u00bb<\/p>\n Almany, 25 ans, lui sourit d\u2019un air rassurant. Sans inscription universitaire, cet \u00e9tudiant en management au S\u00e9n\u00e9gal souhaiterait poursuivre son parcours \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nanterre et s\u2019est engag\u00e9 au sein du collectif, afin de \u00ab poursuivre la lutte \u00bb. Tel un grand fr\u00e8re, face \u00e0 la d\u00e9tresse de Seny, il ajoute, \u00e9mu : \u00ab Nous avons parfois l\u2019impression d\u2019\u00eatre incompris. Tout ce que nous voulons, c\u2019est juste \u00e9tudier et apprendre. \u00bb<\/p>\n \u00ab Venir d\u2019un pays africain en d\u00e9veloppement pour rejoindre les bancs d\u2019une universit\u00e9 fran\u00e7aise va devenir de plus en plus difficile \u00bb, s\u2019inqui\u00e8te Modibo, en parlant le peu de moyens financiers dont disposent g\u00e9n\u00e9ralement ces \u00e9tudiants : \u00ab Je voudrais insister sur l\u2019augmentation des frais d\u2019entr\u00e9e \u00e0 l\u2019universit\u00e9 pour les extra-Europ\u00e9ens. \u00bb Cette mesure, bien que non r\u00e9percut\u00e9e cette ann\u00e9e par l\u2019universit\u00e9 de Nanterre, est jug\u00e9e inacceptable par le collectif, parce qu\u2019elle frappe de plein fouet les \u00e9tudiants africains, qui doivent malgr\u00e9 cela d\u00e9bourser 2 770 euros pour une inscription en licence et 3 770 euros pour un master, l\u00e0 o\u00f9 les Fran\u00e7ais versent 170 et 243 euros. \u00ab C\u2019est quinze fois plus ! \u00bb, d\u00e9nonce le porte-parole.<\/p>\n Mise en place par la France pour la rentr\u00e9e 2019, cette d\u00e9cision ne fait pas l\u2019unanimit\u00e9. Seule une poign\u00e9e d\u2019 universit\u00e9s publiques, sur les 75 que compte l\u2019Hexagone, ont pour l\u2019instant d\u00e9cid\u00e9 d\u2019appliquer.<\/p>\n \u00ab C\u2019est tout le mythe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances qui s\u2019effondre \u00bb<\/p>\n Devant l\u2019incertitude, Modibo d\u00e9nonce \u00ab une injustice \u00bb, \u00ab un moyen de favoriser certains \u00e9l\u00e8ves par rapport \u00e0 d\u2019autres \u00bb. \u00ab D\u2019abord nous avons les \u00e9tudiants fran\u00e7ais, pour qui les frais sont les moins \u00e9lev\u00e9s, puis ceux originaires du reste de l\u2019Europe, et, tout en bas, les \u00e9tudiants \u00e9trangers \u00bb, explique-t-il. \u00ab Cette mesure bafoue les bonnes relations qui existent entre la France et les pays d\u2019Afrique francophone \u00bb, d\u00e9clare Ibrahim, pour qui la hausse des frais est un \u00ab blocage \u00bb qui emp\u00eachera de nombreux \u00e9tudiants africains, souvent d\u00e9sireux de retourner travailler dans leur pays d\u2019origine avec un dipl\u00f4me fran\u00e7ais, de venir en France avoir \u00ab ce bagage intellectuel \u00bb.<\/p>\n \u00ab C\u2019est tout le mythe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des chances \u00e0 l\u2019universit\u00e9 qui s\u2019effondre. Les injustices se creusent entre les \u00e9tudiants \u00bb, d\u00e9nonce une jeune femme membre du collectif. Elle incite les plus r\u00e9ticents \u00e0 parler de leurs difficult\u00e9s et poursuit, r\u00e9volt\u00e9e : \u00ab Comment \u00e9tudier correctement quand on n\u2019a m\u00eame pas d\u2019endroit o\u00f9 dormir ? \u00bb Hamza, le rapporteur du groupe, rench\u00e9rit : \u00ab Au Crous de Versailles, plus aucun logement n\u2019est disponible pour les \u00e9tudiants \u00e9trangers qui arrivent. \u00bb Des murmures d\u2019approbation se font entendre. Les discussions s\u2019intensifient. \u00ab Nous devons nous battre pour assurer un meilleur acc\u00e8s aux logements et aux bourses pour les \u00e9trangers ! \u00bb, clame Modibo. Les participants approuvent d\u2019un hochement de t\u00eate.<\/p>\n Il est 13 h 45, la fin de la r\u00e9union approche. \u00ab La prochaine \u00e9tape : cr\u00e9er une page Facebook \u00bb, propose un participant enthousiaste. \u00ab D\u2019abord, il faut recenser tous les \u00e9tudiants \u00e9trangers sans logement, informer le public de cette r\u00e9alit\u00e9, pr\u00e9parer des affiches et les accrocher dans toute l\u2019universit\u00e9 \u00bb, lance un adh\u00e9rent de l\u2019UNEF. \u00ab Mais c\u2019est un travail de malade ! \u00bb, s\u2019exclame un jeune au sweat-shirt gris. La phrase sonne comme une piq\u00fbre de rappel sur l\u2019\u00e9tendue du chemin \u00e0 parcourir. Brusquement, la porte s\u2019ouvre. Un professeur arrive pour son cours. Tous partent alors en qu\u00eate d\u2019une salle vacante.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" Face \u00e0 l\u2019augmentation des frais d\u2019inscription et au manque de logements, un collectif de Paris-Nanterre proteste pour un meilleur acc\u00e8s aux universit\u00e9s fran\u00e7aises. Modibo Massak\u00e9 (au centre) est le porte-parole du Collectif des \u00e9tudiants \u00e9trangers de l\u2019universit\u00e9 de Nanterre. A droite, Mamoudou Falassa Sidib\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Association des \u00e9tudiants maliens d\u2019Ile-de-France. \u00ab Salle 34, b\u00e2timent<\/p><\/div>\n