{"id":553,"date":"2018-08-29T08:00:30","date_gmt":"2018-08-29T06:00:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/tiny\/5347369\/"},"modified":"2018-08-29T08:00:30","modified_gmt":"2018-08-29T06:00:30","slug":"la-grande-ecole-mondiale-du-vin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/la-grande-ecole-mondiale-du-vin\/","title":{"rendered":"La grande \u00e9cole mondiale du vin"},"content":{"rendered":"
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Pour devenir<\/a> un expert dans un m\u00e9tier du vin, il faut suivre<\/a> un long parcours et un improbable chemin de traverse, comme en t\u00e9moigne Jing Jing, 24 ans, fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019un master en agriculture de l\u2019universit\u00e9 de P\u00e9kin. La jeune femme quitte en\u00a02017 la capitale chinoise pour Shangha\u00ef, c\u0153ur \u00e9conomique du pays pour la fin de son cursus. Mais sur sa route, une derni\u00e8re \u00e9tape est n\u00e9cessaire \u00e0 sa formation\u00a0: un crochet \u00e0 l\u2019autre bout du monde, \u00e0 Dijon, en Bourgogne. Un large d\u00e9tour d\u2019une ann\u00e9e indispensable pour peaufiner<\/a> sa connaissance du vin. Ce sera au sein de la School of Wine &\u00a0Spirits Business, \u00ab\u00a0\u00e9cole dans l\u2019\u00e9cole\u00a0\u00bb de la Burgundy School of Business.<\/h2>\n

Comme Jing Jing, des \u00e9tudiants venus du monde entier sont chaque ann\u00e9e un peu plus nombreux \u00e0 venir<\/a> se former<\/a> au sein des terroirs fran\u00e7ais. Alors que l\u2019internationalisation est l\u2019alpha et l\u2019om\u00e9ga de toute formation sup\u00e9rieure, \u00ab\u00a0le vin, c\u2019est la France\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Jacques-Olivier Pesme, expert dans les m\u00e9tiers du vin et ancien directeur de la Wine &\u00a0Spirits Academy du groupe Kedge, en Gironde. Alors c\u2019est \u00e0 Reims, Bordeaux, Angers, Dijon ou Montpellier que les wine makers<\/em> et n\u00e9gociants de demain viennent se former.<\/p>\n

Le vin est un produit complexe, souvent li\u00e9 \u00e0 un lieu, une origine et un savoir-faire sp\u00e9cifiques. \u00ab\u00a0G\u00e9rer ce produit, ce n\u2019est pas seulement g\u00e9rer<\/a> une entreprise, mais g\u00e9rer collectivement une r\u00e9gion, s\u2019engager dans l\u2019organisation et la promotion d\u2019un territoire\u00a0\u00bb<\/em>, soulignent J\u00e9r\u00f4me Gallo, directeur de la School of Wine &\u00a0Spirits Business, et Steve Charters, professeur de marketing, dans leur ouvrage, Economie et management du vin<\/em> (Pearson Education, 2014).<\/p>\n

La terre, ses codes et ses traditions<\/h2>\n

Pour ma\u00eetriser<\/a> ce produit et comprendre<\/a> le travail de ceux qui le fa\u00e7onnent, on ne peut ignorer<\/a> ses codes et ses traditions. \u00ab\u00a0Chaque vin \u00e0 une identit\u00e9, une typicit\u00e9 en lien avec des actes techniques, des caract\u00e9ristiques g\u00e9ologiques et climatiques\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit Ren\u00e9 Siret, directeur de l\u2019Ecole sup\u00e9rieure d\u2019agriculture d\u2019Angers. Il faut donc apprendre<\/a> \u00e0 ma\u00eetriser les caract\u00e9ristiques d\u2019un produit aux multiples facettes. \u00ab\u00a0Mieux vous comprendrez la terre, mieux vous en parlerez, mieux vous la vendrez\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume Jacques-Olivier Pesme.<\/p>\n

Lire aussi : \u00a0 Les cursus du vin, des assemblages soigneusement dos\u00e9s <\/a>\n<\/p>\n

La France et ses terroirs sont un terrain d\u2019apprentissage sans \u00e9gal pour acqu\u00e9rir<\/a> ces comp\u00e9tences. C\u2019est \u00ab\u00a0\u00e9galement une acculturation que les \u00e9tudiants \u00e9trangers viennent trouver<\/a> ici\u00a0\u00bb<\/em>, affirme Philippe Jeandet, directeur du master vins et champagne de l\u2019universit\u00e9 de Reims. S\u2019immerger dans la \u00ab\u00a0culture\u00a0\u00bb du vin, parler<\/a> son \u00ab\u00a0langage\u00a0\u00bb, pour \u00eatre<\/a> en mesure de faire<\/a> des affaires avec \u00ab\u00a0les gens du milieu qui vont vous reconna\u00eetre<\/a> comme un membre du clan\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit M. Jeandet.<\/p>\n

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Etudier les m\u00e9tiers du vin \u00e0 Bordeaux, en Bourgogne ou en Champagne appara\u00eet comme une \u00e9vidence et repr\u00e9sente un atout qu\u2019\u00e9coles et universit\u00e9s fran\u00e7aises rappellent \u00e0 l\u2019envi. C\u2019est sur les traditions et la reconnaissance internationale de ces terroirs, qu\u2019elles construisent leurs formations, attirant un nombre croissant d\u2019\u00e9trangers. En\u00a02017, des \u00e9tudiants de dix-sept nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes ont suivi le master 2 de la Burgundy School of Business, seize pour la Wine &\u00a0Spirits Academy bordelaise.<\/p>\n

Sur des territoires grands comme un mouchoir de poche \u2013 en comparaison avec un march\u00e9 qui est, lui, plan\u00e9taire \u2013, chaque \u00e9tablissement rassemble \u00ab\u00a0une concentration d\u2019exp\u00e9riences et de richesses, li\u00e9es aux m\u00e9tiers du vin, qui est exceptionnelle. Il y a tous les maillons de la cha\u00eene, les gros volumes de production comme les ch\u00e2teaux les plus prestigieux, les n\u00e9gociants, les ma\u00eetres de chai, les embouteilleurs, les bouchonniers\u2026 tout est l\u00e0\u00a0\u00bb<\/em>, observe Jacques-Olivier Pesme.<\/p>\n

Se tourner<\/a> vers les march\u00e9s \u00e9mergents<\/h2>\n

Si la technicit\u00e9 et les traditions se concentrent sur le territoire fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0le march\u00e9 du vin comme celui de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur sont tourn\u00e9s vers l\u2019international\u00a0\u00bb<\/em>, remarque J\u00e9r\u00f4me Gallo. La France, l\u2019Italie et l\u2019Espagne demeurent les trois plus gros producteurs de vin, mais ils sont imm\u00e9diatement suivis par les Etats-Unis, l\u2019Australie et\u2026 la Chine. Les Europ\u00e9ens sont les champions de l\u2019exportation, mais ils sont talonn\u00e9s par des pays producteurs tr\u00e8s performants tels que le Chili, l\u2019Australie et l\u2019Afrique du Sud. <\/em><\/p>\n

\u00ab\u00a0Pendant longtemps, les producteurs fran\u00e7ais n\u2019avaient qu\u2019\u00e0 pousser<\/a> leurs bouteilles pour les vendre\u00a0\u00bb<\/em>, reconna\u00eet M. Gallo, mais depuis environ trois d\u00e9cennies, les acteurs \u00e9mergents du Nouveau Monde \u00ab\u00a0ont taill\u00e9 des croupi\u00e8res \u00e0 ceux de l\u2019Ancien\u00a0\u00bb<\/em>. Alors que l\u2019Europe ronronnait, fi\u00e8re de son exp\u00e9rience mill\u00e9naire, de nouveaux vins, plus faciles \u00e0 comprendre, arrivaient sur le march\u00e9. \u00ab\u00a0Pas les meilleurs, mais port\u00e9s par des personnes qui savent faire du business, faire du marketing avec leurs atouts\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit le directeur de l\u2019\u00e9cole bourguignonne.<\/p>\n

Les \u00e9l\u00e8ves sont form\u00e9s \u00e0 la macro\u00e9conomie, \u00e0 la communication avec, en point d\u2019orgue, le marketing<\/span><\/div>\n

Parall\u00e8lement, les march\u00e9s traditionnels s\u2019essoufflent. Les perspectives de croissance sont visibles \u00e0 Singapour notamment, puis demain en Inde et en Afrique. En Chine, \u00ab\u00a0seulement 1,5\u00a0% de la population boit du vin<\/em>, rappelle Ren\u00e9 Siret, la marge de progression du march\u00e9 est donc consid\u00e9rable\u00a0\u00bb.<\/em> A Bordeaux, Reims ou Dijon, c\u2019est donc souvent en anglais que les \u00e9coles forment leurs \u00e9l\u00e8ves \u00e0 leurs m\u00e9tiers. Si chacune d\u2019entre elles a ses sp\u00e9cificit\u00e9s, le tronc commun reste comparable\u00a0: au-del\u00e0 d\u2019un apprentissage pouss\u00e9 de la viticulture et la science de la vigne, les \u00e9coles de commerce comme les universit\u00e9s forment \u00e0 la macro\u00e9conomie, aux sp\u00e9cificit\u00e9s de l\u2019industrie viticole, au droit, \u00e0 la communication, \u00e0 l\u2019observation des march\u00e9s et des go\u00fbts du public avec, en point d\u2019orgue, le marketing. \u00ab\u00a0Une politique qui fera que vous \u00eates capable de faire d\u2019un vin que votre concurrent vendra 20\u00a0euros la bouteille, un produit d\u2019exception, qu\u2019un acheteur sera pr\u00eat \u00e0 payer<\/a> 50\u00a0euros\u00a0\u00bb<\/em>, avance Philippe Jeandet.<\/p>\n

Pas de ch\u00f4mage, disent les \u00e9coles<\/h2>\n

Devenus experts du savoir-faire du monde viti-vinicole fran\u00e7ais, \u00e9l\u00e8ves et dipl\u00f4m\u00e9s des \u00e9coles et des universit\u00e9s de l\u2019Hexagone seront les prescripteurs de demain. Ambassadeurs de traditions, ils s\u2019enrichissent \u00e9galement des comp\u00e9tences glan\u00e9es au-del\u00e0 des fronti\u00e8res hexagonales. Ainsi, Montpellier SupAgro et l\u2019Institut des hautes \u00e9tudes de la vigne et du vin (IHEV) forment leurs \u00e9tudiants dans le cadre \u00ab\u00a0d\u2019un cursus itin\u00e9rant dans les grands bassins viticoles du monde\u00a0\u00bb<\/em>, rapporte Bruno Blondin, directeur de l\u2019IHEV.<\/p>\n

Pas de ch\u00f4mage pour les globe-trotteurs de la vigne. Selon les \u00e9tablissements, 100\u00a0% des dipl\u00f4m\u00e9s trouvent un emploi dans les semaines ou les mois qui suivent leur fin d\u2019\u00e9tudes. Entre les tenants de l\u2019Ancien Monde qui se battent pour survivre<\/a> ou s\u2019imposer, et ceux du Nouveau qui veulent prendre<\/a> la place, \u00ab\u00a0il y a des besoins dans le monde entier<\/em>, promet Jacques-Olivier Pesme, il suffit d\u2019\u00eatre ouvert, mobile et agile\u00a0\u00bb. <\/em>Les qualit\u00e9s du wine maker<\/em> contemporain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"

Pour devenir un expert dans un m\u00e9tier du vin, il faut suivre un long parcours et un improbable chemin de traverse, comme en t\u00e9moigne Jing Jing, 24 ans, fra\u00eechement dipl\u00f4m\u00e9e d\u2019un master en agriculture de l\u2019universit\u00e9 de P\u00e9kin. La jeune femme quitte en\u00a02017 la capitale chinoise pour Shangha\u00ef, c\u0153ur \u00e9conomique du pays pour la fin<\/p><\/div>\n