{"id":12275,"date":"2023-10-30T08:00:08","date_gmt":"2023-10-30T07:00:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/emploi\/article\/2023\/10\/30\/entre-delocalisations-intensification-et-numerisation-travailler-dans-l-industrie-automobile-aujourd-hui_6197319_1698637.html"},"modified":"2023-10-30T08:00:08","modified_gmt":"2023-10-30T07:00:08","slug":"entre-delocalisations-intensification-et-numerisation-travailler-dans-lindustrie-automobile-aujourdhui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/entre-delocalisations-intensification-et-numerisation-travailler-dans-lindustrie-automobile-aujourdhui\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Entre d\u00e9localisations, intensification et num\u00e9risation\u00a0: travailler dans l\u2019industrie automobile aujourd\u2019hui\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"
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[Comment les m\u00e9thodes de travail du XXIe<\/sup> si\u00e8cle ont introduit de nouvelles p\u00e9nibilit\u00e9s. C\u2019est ce que Juan Sebastian Carbonell<\/a>, sociologue du travail et des relations professionnelles, d\u00e9montre dans cet article. Postdoctorant au Groupe d\u2019\u00e9tudes et de recherche permanent sur l\u2019industrie et les salari\u00e9s de l\u2019automobile (Gerpisa), \u00e0 l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure Paris-Saclay, et chercheur associ\u00e9 au laboratoire Institutions et dynamiques historiques de l\u2019\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9 (IDHES), il m\u00e8ne des recherches sur le travail, la n\u00e9gociation collective et le changement technologique principalement dans l\u2019industrie automobile fran\u00e7aise. Il est l\u2019auteur du <\/em>Futur du travail<\/a> (Amsterdam, 2022).]<\/em><\/p>\n

Deux images d\u2019Epinal se font concurrence d\u00e8s qu\u2019il est question du travail dans l\u2019industrie automobile aujourd\u2019hui.<\/p>\n

D\u2019un c\u00f4t\u00e9, celle h\u00e9rit\u00e9e des \u00ab trente glorieuses \u00bb et de r\u00e9cits militants, qui d\u00e9crivent un travail saccad\u00e9 sur une cha\u00eene de montage sale et bruyante. On y verrait un travail parcellis\u00e9, monotone et abrutissant.<\/p>\n

De l\u2019autre, celle des discours modernisateurs, qui mettent l\u2019accent sur les nouvelles technologies, o\u00f9 les robots auraient lib\u00e9r\u00e9 les ouvriers des t\u00e2ches les plus p\u00e9nibles et rendu le travail plus int\u00e9ressant et \u00e9panouissant.<\/p>\n

On trouverait donc dans les usines moins d\u2019ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s et davantage de techniciens et de conducteurs d\u2019installations automatis\u00e9es, charg\u00e9s de la maintenance et de la programmation des machines.<\/p>\n

Qu\u2019en est-il r\u00e9ellement ? Le travail industriel n\u2019est-il donc plus p\u00e9nible ? Si la r\u00e9alit\u00e9 du travail dans l\u2019industrie n\u2019est plus tout \u00e0 fait celle des Temps modernes<\/em>, de Charlie Chaplin, ou de L\u2019Etabli<\/em>, <\/a>de Robert Linhart, cela ne veut pas dire pour autant que les conditions de travail se sont am\u00e9lior\u00e9es. Au contraire, on peut affirmer que celles-ci se d\u00e9gradent sous l\u2019effet conjugu\u00e9 de trois ph\u00e9nom\u00e8nes : les menaces de d\u00e9localisation et le chantage \u00e0 l\u2019emploi, l\u2019introduction de m\u00e9thodes de travail inspir\u00e9es de la lean production <\/em>[la production au plus juste], et les nouvelles technologies digitales.<\/p>\n

Le d\u00e9clin de l\u2019industrie automobile fran\u00e7aise<\/h2>\n

Rappelons au pr\u00e9alable l\u2019\u00e9tat de l\u2019industrie automobile dans le pays. Celle-ci continue de jouer un r\u00f4le important dans l\u2019\u00e9conomie nationale : avant la crise sanitaire, le secteur repr\u00e9sentait 50 milliards d\u2019euros d\u2019exportation et g\u00e9n\u00e9rait 21,4 milliards d\u2019euros de valeur ajout\u00e9e (Myriam Fogelman et Amine Didioui, <\/a>\u00ab Transformations et d\u00e9fis de la fili\u00e8re automobile<\/a> \u00bb, 2022).<\/p>\n

Cependant, elle conna\u00eet un d\u00e9clin prononc\u00e9 en mati\u00e8re de production et d\u2019emplois depuis au moins quinze ann\u00e9es en raison d\u2019une \u00ab restructuration permanente \u00bb<\/em> (Jacky Fayolle, <\/a> \u00ab Restructurations d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui. Les apports d\u2019un s\u00e9minaire<\/a> \u00bb, 2005<\/a> ; C\u00e9dric Lomba, <\/a>La Restructuration permanente de la condition ouvri\u00e8re. De Cockerill \u00e0 ArcelorMittal<\/em><\/a>, Le Croquant, 2018<\/a>), c\u2019est-\u00e0-dire une succession de plans de licenciements, de d\u00e9localisations et de restructurations. Sa dimension permanente se retrouve notamment dans le fait que la restructuration devient un acte r\u00e9current et ordinaire dans la vie de l\u2019entreprise, sans n\u00e9cessairement r\u00e9pondre \u00e0 une situation de crise.<\/p>\n

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[Comment les m\u00e9thodes de travail du XXIe si\u00e8cle ont introduit de nouvelles p\u00e9nibilit\u00e9s. C\u2019est ce que Juan Sebastian Carbonell, sociologue du travail et des relations professionnelles, d\u00e9montre dans cet article. Postdoctorant au Groupe d\u2019\u00e9tudes et de recherche permanent sur l\u2019industrie et les salari\u00e9s de l\u2019automobile (Gerpisa), \u00e0 l\u2019Ecole normale sup\u00e9rieure Paris-Saclay, et chercheur associ\u00e9 au laboratoire Institutions<\/p><\/div>\n