{"id":11471,"date":"2023-03-17T11:00:23","date_gmt":"2023-03-17T10:00:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2023\/03\/17\/si-le-travail-a-pu-prendre-un-sens-et-une-valeur-autres-que-le-simple-fait-de-gagner-sa-vie-c-est-aussi-parce-qu-il-y-a-un-apres_6165866_3232.html"},"modified":"2023-03-17T11:00:23","modified_gmt":"2023-03-17T10:00:23","slug":"si-le-travail-a-pu-prendre-un-sens-et-une-valeur-autres-que-le-simple-fait-de-gagner-sa-vie-cest-aussi-parce-quil-y-a-un-apres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/si-le-travail-a-pu-prendre-un-sens-et-une-valeur-autres-que-le-simple-fait-de-gagner-sa-vie-cest-aussi-parce-quil-y-a-un-apres\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Si le travail a pu prendre un sens et une valeur autres que le simple fait de gagner sa vie, c\u2019est aussi parce qu\u2019il y a un apr\u00e8s\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"
E<\/span>n 1910, l\u2019une des premi\u00e8res lois visant \u00e0 instaurer des retraites est qualifi\u00e9e par la CGT de \u00ab mesure pour les morts \u00bb<\/em> : \u00e0 cette \u00e9poque, 94 % des travailleurs n\u2019atteignent pas 65 ans. Mieux vaut donc r\u00e9clamer la journ\u00e9e de huit heures\u2026 C\u2019est pourquoi, plut\u00f4t que de parler de retraite, Paul Lafargue, d\u00e8s 1880, revendique Le Droit \u00e0 la paresse<\/em>, superbe boutade pour mieux promouvoir une baisse drastique de la dur\u00e9e quotidienne du labeur.<\/p>\n Si l\u2019on associe souvent longueur des journ\u00e9es, p\u00e9nibilit\u00e9 et continuit\u00e9 du labeur jusqu\u2019\u00e0 la mort avec l\u2019industrialisation du XIXe<\/sup> si\u00e8cle, les journ\u00e9es de travail sont tr\u00e8s longues depuis bien plus longtemps, \u00e0 la ville comme \u00e0 la campagne. Les grandes manufactures textiles du XVIIe<\/sup> si\u00e8cle se coulent dans des horaires d\u00e9j\u00e0 \u00e9prouv\u00e9s deux \u00e0 trois si\u00e8cles plus t\u00f4t : de treize \u00e0 quatorze heures de travail par jour ouvrable, avec des normes de productivit\u00e9 exigeantes. Quand les ouvriers ne peuvent plus y satisfaire, ils sont d\u00e9class\u00e9s vers des besognes moins dures mais moins r\u00e9tribu\u00e9es. La famille et les institutions charitables sont les seuls recours quand leurs forces les abandonnent. Point de retraite, si ce n\u2019est pour les vieux soldats ou certains serviteurs \u00e2g\u00e9s de l\u2019Etat.<\/p>\n L\u2019industrialisation ne fait que grossir les effectifs de travailleurs soumis \u00e0 de tels rythmes. C\u2019est \u00e0 40 ans pour les hommes et 35 ans pour les femmes que l\u2019on gagne le mieux sa vie dans les filatures de coton vers 1890. Ensuite, plus on vieillit, moins on est r\u00e9mun\u00e9r\u00e9. La dur\u00e9e quotidienne du travail reste de douze heures effectives dans les industries depuis le d\u00e9cret du 9 septembre 1848, et cela environ deux cent quatre-vingts \u00e0 deux cent quatre-vingt-dix jours par an. Ce d\u00e9cret est un des premiers signes, timide, d\u2019une intervention de l\u2019Etat dans les questions sociales.<\/p>\n Mais entre fraude, exceptions l\u00e9gales et secteurs ignor\u00e9s par la loi, on trouve toujours vers 1880 des ouvriers qui atteignent des maxima analogues \u00e0 ceux du d\u00e9but du si\u00e8cle ou de l\u2019Europe pr\u00e9industrielle, soit 3 400 \u00e0 3 700 heures annuelles \u2013 contre 1 500 aujourd\u2019hui ! Certes, beaucoup ne travaillent que par intermittence. Mais quand la besogne presse, ils ne comptent plus leurs heures. Le raisonnement par moyennes trouve ici ses limites.<\/p>\n D\u2019autant que la d\u00e9finition des horaires n\u2019est rien sans l\u2019analyse des contenus du travail. L\u2019intensification des gestes n\u2019a pas attendu l\u2019industrialisation : la machine dicte son rythme, les cadences croissent au fil des progr\u00e8s techniques et obligent \u00e0 des efforts accrus. Laboratoire de la modernit\u00e9, la filature, par exemple, exige une mobilisation plus intense des corps et de l\u2019attention. L\u2019intensification concerne \u00e9galement des secteurs peu touch\u00e9s par la r\u00e9volution m\u00e9canicienne. A la mine, dans le b\u00e2timent, dans les industries du feu, les modes de r\u00e9mun\u00e9ration (t\u00e2cheronnage et marchandage) sont faits pour mettre les ouvriers en concurrence, tandis que la diffusion, \u00e0 partir des ann\u00e9es 1870-1880, du petit mat\u00e9riel (les machines \u00e0 coudre, par exemple) fait du travail domestique \u00e0 la t\u00e2che le pendant harassant de l\u2019usine. La peine au labeur est ainsi parfois bien plus grande \u00e0 la fin du XIXe<\/sup> si\u00e8cle qu\u2019\u00e0 son d\u00e9but.<\/p>\n Il vous reste 50.31% de cet article \u00e0 lire. La suite est r\u00e9serv\u00e9e aux abonn\u00e9s.<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":" En 1910, l\u2019une des premi\u00e8res lois visant \u00e0 instaurer des retraites est qualifi\u00e9e par la CGT de \u00ab mesure pour les morts \u00bb : \u00e0 cette \u00e9poque, 94 % des travailleurs n\u2019atteignent pas 65 ans. Mieux vaut donc r\u00e9clamer la journ\u00e9e de huit heures\u2026 C\u2019est pourquoi, plut\u00f4t que de parler de retraite, Paul Lafargue, d\u00e8s 1880, revendique Le Droit \u00e0 la paresse,<\/p><\/div>\nVision tripartite de la vie<\/h2>\n