{"id":11460,"date":"2023-03-15T06:30:22","date_gmt":"2023-03-15T05:30:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.lemonde.fr\/politique\/article\/2023\/03\/15\/la-reforme-des-retraites-revelatrice-de-la-crise-du-rapport-au-travail_6165520_823448.html"},"modified":"2023-03-15T06:30:22","modified_gmt":"2023-03-15T05:30:22","slug":"la-reforme-des-retraites-revelatrice-de-la-crise-du-rapport-au-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jeunediplome.net\/la-reforme-des-retraites-revelatrice-de-la-crise-du-rapport-au-travail\/","title":{"rendered":"La r\u00e9forme des retraites, r\u00e9v\u00e9latrice de la crise du rapport au travail"},"content":{"rendered":"
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Les r\u00e9sultats de la vague 14 du barom\u00e8tre de la confiance politique r\u00e9alis\u00e9 par OpinionWay pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), publi\u00e9e le 15 mars, montrent que la contestation tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9forme des retraites s\u2019inscrit profond\u00e9ment dans le rapport que les Fran\u00e7ais entretiennent avec le travail. Elle n\u2019est pas due \u00e0 une quelconque incapacit\u00e9 nationale d\u2019accepter les changements ou de se mettre au diapason du \u00ab bon sens \u00bb \u00e9conomique. Pour comprendre l\u2019intensit\u00e9 de la r\u00e9action, qu\u2019elle soit syndicale ou politique, il faut en r\u00e9alit\u00e9 prendre la mesure de la place que le travail prend aux yeux des Fran\u00e7ais.<\/p>\n

Lire aussi :<\/span> Article r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 nos abonn\u00e9s<\/span><\/span> La d\u00e9fiance envers la politique fait son retour en France apr\u00e8s la parenth\u00e8se du Covid<\/a> <\/span> <\/section>\n

Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, la valeur travail est loin d\u2019avoir disparu au profit d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 des loisirs ou d\u2019un droit h\u00e9doniste \u00e0 la paresse. L\u2019immense majorit\u00e9 des sond\u00e9s, actifs ou anciens actifs, d\u00e9clarent que le travail tient une place importante dans leur vie : pr\u00e8s des trois quarts en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, et 89 % en Italie. Parmi les plus jeunes inactifs, \u00e9l\u00e8ves ou \u00e9tudiants, souvent d\u00e9crits comme une g\u00e9n\u00e9ration relativisant fortement l\u2019investissement dans une vie de labeur, 79 % des enqu\u00eat\u00e9s fran\u00e7ais donnent de l\u2019importance au travail contre 88 % au Royaume-Uni et 90 % en Italie, mais 67 % en Allemagne, bien loin des clich\u00e9s sur le Nord besogneux et le Sud d\u00e9sinvolte.<\/p>\n

Ce r\u00f4le central accord\u00e9 au travail dans la vie soul\u00e8ve la question du sens qu\u2019on lui attribue mais aussi celle de la m\u00e9ritocratie. Si le projet de r\u00e9forme des retraites du gouvernement est si mal accept\u00e9 par les deux tiers des enqu\u00eat\u00e9s fran\u00e7ais (et pr\u00e8s des trois quarts des seuls actifs), c\u2019est que leur exp\u00e9rience du travail est n\u00e9gative et que la retraite constitue, \u00e0 leurs yeux, la seule r\u00e9compense qui reste.<\/p>\n

En France comme chez nos voisins italiens, une minorit\u00e9 seulement d\u2019enqu\u00eat\u00e9s consid\u00e8re que leur travail est reconnu et d\u00fbment r\u00e9compens\u00e9 (en moyenne, 42 % en France et 41 % en Italie contre 53 % au Royaume-Uni et 57 % en Allemagne). C\u2019est dans l\u2019Hexagone, surtout, que l\u2019\u00e9cart entre cat\u00e9gories socioprofessionnelles est le plus \u00e9lev\u00e9 : on passe de 39 % dans les cat\u00e9gories populaires \u00e0 43 % dans les cat\u00e9gories moyennes et 63 % dans les cat\u00e9gories sup\u00e9rieures. Une fracture se d\u00e9cline en France autour de la question de la dignit\u00e9 au travail, des r\u00e9compenses qui tardent \u00e0 venir apr\u00e8s les efforts.<\/p>\n

Epanouissement personnel<\/h2>\n

L\u2019autre enseignement de l\u2019enqu\u00eate est de montrer que c\u2019est bien en France que le rapport au travail ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un simple \u00e9change \u00e9conomique, mais qu\u2019il implique aussi un certain \u00e9panouissement personnel, une recherche du sens et de la ma\u00eetrise de ce que l\u2019on fait. Lorsqu\u2019on les interroge sur ce qui fait un bon m\u00e9tier, une bonne r\u00e9mun\u00e9ration ou la possibilit\u00e9 de s\u2019y \u00e9panouir, les Fran\u00e7ais sont les plus nombreux \u00e0 choisir l\u2019\u00e9panouissement (54 %), bien avant leurs homologues italiens (45 %), allemands (41 %) ou britanniques (31 %). Et c\u2019est en France que cet objectif est le plus consensuel, divisant peu les cat\u00e9gories socioprofessionnelles entre elles. En revanche, le diff\u00e9rentiel entre g\u00e9n\u00e9rations s\u2019av\u00e8re important puisque l\u2019\u00e9panouissement est choisi par 51 % de la g\u00e9n\u00e9ration des \u00ab boomers \u00bb (n\u00e9s entre 1945 et 1964) contre 66 % de la g\u00e9n\u00e9ration Z (n\u00e9s entre 1995 et 2005).<\/p>\n

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Les r\u00e9sultats de la vague 14 du barom\u00e8tre de la confiance politique r\u00e9alis\u00e9 par OpinionWay pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), publi\u00e9e le 15 mars, montrent que la contestation tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale de la r\u00e9forme des retraites s\u2019inscrit profond\u00e9ment dans le rapport que les Fran\u00e7ais entretiennent avec le travail. Elle n\u2019est pas due<\/p><\/div>\n