Printemps 2019: Vivarte se cherche un nouveau boss

Au siège de La Halle, à Paris, en septembre 2017.

Patrick Puy a fini sa « mission » chez Vivarte. Le spécialiste de la restructuration d’entreprises, PDG du groupe d’habillement depuis fin 2016, a annoncé, jeudi 20 décembre, l’arrivée d’un directeur général au printemps 2019 pour prendre la direction opérationnelle de Vivarte dont il conserverait la présidence.

Ce futur patron aurait un pedigree « retail » (comprendre, issu du secteur de la distribution), à en croire M. Puy. De fait, d’après nos informations, depuis plusieurs mois, à la demande des actionnaires du groupe français, les cabinets parisiens de chasseurs de tête sont en quête d’un nouveau patron pour Vivarte. Et M. Puy aurait déjà fort à faire ailleurs, à Marseille, précisément. Celui qui s’est associé à Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, au sein de la société Alixio, pour des missions de restructuration, confirme épauler Bourbon pour trouver de nouveaux partenaires financiers au groupe parapétrolier, dont la dette atteint 1,34 milliard d’euros.

Mais, rue de Flandres, à Paris, au siège du groupe Vivarte, qui emploie 10 000 salariés, la perle rare n’est pas facile à trouver. Car tout le secteur sait que « Vivarte partira à la découpe jusqu’au dernier bouclard », rapporte un dirigeant récemment approché. Dès lors, rares seraient les cadres prêts à prendre la direction d’un groupe racheté plusieurs fois en leveraged buy-out (« rachat avec effet de levier »), et dont les actionnaires créanciers, parmi lesquels le fonds Oaktree, mènent le démantèlement à la hâte.

Une cessions de 300M d’euros

Vivarte compte aujourd’hui six enseignes. A l’arrivée de M. Puy, en octobre 2016, le groupe en fédérait seize. Ses deux années de présidence auront été marquées par une série de cessions menées pour réduire l’endettement de l’entreprise. Les chaussures Pataugas, le réseau Kookäi et l’espagnol Merkal sont vendus en 2017. Puis, l’enseigne André est cédée au site de vente en ligne Spartoo, en avril, et Naf Naf au chinois La Chapelle, en mai. Chevignon revient à Royer, en octobre, tandis que Besson Chaussures est repris par le fonds d’investissement Weinberg Capital Partners, associé à Philippe Ginestet, fondateur de Gifi. Le montant total des cessions aurait atteint « environ 300 millions d’euros », selon M. Puy. Près de 200 millions auraient été affectés au remboursement de la dette du groupe.

En novembre, Vivarte a annoncé vouloir aussi vendre ses enseignes de chaussures Minelli, San Marina et Cosmoparis. L’affaire devrait être conclue en « mai ou juin » 2019, prévoit le dirigeant. Vivarte, ancienne figure de la distribution européenne, qui a été côtée en Bourse et présidée par des stars de la distribution, dont Georges Plassat (ex-Carrefour), Richard Simonin (ex-La Redoute) Marc Lelandais (ex-Lancel) et Stéphane Maquaire (ex-Monoprix) pourrait alors se résumer à deux enseignes : La Halle et Caroll. Voire à la première, née de la fusion de La Halle aux vêtements et de La Halle aux chaussures, estime un élu. Car, selon des sources syndicales, le conseil d’administration travaillerait aussi sur la sortie de Caroll. L’enseigne n’est « pas à vendre », dément cependant M. Puy.

« Une nouvelle phase de développement »

Adapter des thérapies de choc s’emploie désormais surtout à rappeler le chemin parcouru depuis sa nomination. « Vivarte est maintenant un groupe normal », affirme-t-il. Le conglomérat a bouclé, fin août, son exercice 2017-2018, sur un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros et dégagé un résultat d’exploitation de 50,6 millions d’euros, d’après les données qu’il communique. Sa dette s’établirait à 302 millions d’euros, en septembre, contre 437 millions d’euros, à la même période en 2017 et 1,084 milliard, fin 2016.

Dès lors, le groupe serait en mesure « d’entrer dans une phase de développement », promet-il. Après une année marquée par un recul d’activité de 4,1 % au total, avec une chute des ventes de 9 % chez Caroll et une dégradation de 2,5 % chez La Halle, Vivarte devrait renouer avec « une croissance de 2 % » sur son exercice 2018-2019, déclare M. Puy, et dégager des résultats pour financer ces projets. A savoir, exporter ses enseignes jusqu’en Afrique, rénover ses entrepôts d’Issoudun et Châteauroux (65 000 m² au total), dans l’Indre, ou revoir l’approvisionnement pour acheter les collections La Halle en Europe.

Ce discours agace les représentants du personnel. Jean-Louis Alfred, délégué CFDT, dénonce « l’opacité » des chiffres communiqués jeudi. « Rien n’est vérifiable », s’étonne l’élu. L’avenir des salariés La Halle inquiète aussi M. Alfred. Après un premier plan social, en 2017, avec la suppression de 700 postes la fermeture de magasins déficitaires, les deux enseignes La Halle et La Halle aux chaussures fusionneront au 1er janvier 2019. Dès lors, une offre de chaussures et de vêtements sera vendue sous un même toit. Au prix de cette fusion, une vingtaine de magasins par an disparaîtront à moyen terme. Les deux réseaux comptent aujourd’hui 870 magasins. « Philippe Thirache [président de La Halle] estime que l’enseigne ne peut être rentable qu’aux alentours de 500 à 600 points de vente », rapporte M. Alfred. Mais M. Puy assure ne pas avoir besoin de recourir un nouveau plan social.

 

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