Suite à la ruine de British Steel, l’usine d’Hayange craint pour son ravitaillement

L’usine d’Hayange, en Moselle, en mars 2017.
L’usine d’Hayange, en Moselle, en mars 2017. Vincent Kessler / REUTERS

Les 420 travailleurs de l’usine British Steel d’Hayange, en Moselle, ne sont pas aussitôt concernés par la ruine de leur maison mère au Royaume-Uni. Mais ils craignent de ne plus être ravitaillés en matière première pour produire des rails.

Depuis mercredi midi, il s’essaie de dissimuler les inquiétudes des 420 travailleurs. « Notre société n’est pas dans le périmètre de la ruine de British Steel », insiste-t-il. Grégory Zabot, le secrétaire CFDT du comité social et économique (CSE) de l’usine d’Hayange, en Moselle, en a eu la confiance : ce site de production dépend directement de la société Olympus Steel Limited, propriété du fonds d’investissement britannique Greybull Capital. « Olympus Steel n’est pas en faillite, ajoute le représentant syndical. Les fonds de notre société ne sont pas bloqués et il n’y a pas de mandataire judiciaire. »

Pour autant, les travailleurs hayangeois ne sont pas intégralement rassurés. En effet, leur usine, qui produit des rails pour des lignes de chemin de fer, de tramway ou de métro, pourrait se percevoir sans provision. « Pour fabriquer des rails, nous utilisons exclusivement des blooms [des barres d’acier] produits à Scunthorpe, au Royaume-Uni, sur des hauts-fourneaux appartenant à British Steel, souligne Tony Greco, le directeur du site. Or ces aménagements sont aussitôt menacés par la ruine. Si la production s’arrêtait à Scunthorpe, l’usine d’Hayange ne serait plus alimentée en matière première. »

Certes, l’usine possède un stock de blooms formé en vue du Brexit. Mais, déclare M. Greco, « il nous permettrait de tenir environ un mois et demi. Après, c’est l’incertitude ». « Pourtant, et c’est là le grand paradoxe de notre situation, le carnet de commandes n’a jamais été aussi plein. Nous avons déjà vendu 280 000 tonnes de rails pour l’année 2019 », ajoute-t-il.

L’usine British Steel d’Hayange fourni 320 000 tonnes de rails chaque année, surtout à destination de l’Europe. Ce sont des rails de 108 mètres de long, avec une centaine de profils différents. A elle seule, la SNCF achète un tiers de la production de l’usine. « Notre savoir-faire est reconnu », souligne Grégory Zabot.

Déclin de la métallurgie lorraine

« Cette usine est spécialisée dans un segment du marché sur lequel il y a peu de concurrents, expose de son côté le maire RN (ex-FN) d’Hayange, Fabien Engelmann. C’est la raison pour laquelle je reste optimiste. » Le site a d’ailleurs contrarié au lent déclin de la métallurgie lorraine, même si les grandes manœuvres capitalistiques dans l’économie de l’acier l’ont conduit à changer de mains et de noms à plusieurs reprises depuis sa création : Saint-Jacques, Sacilor, Unimétal, Corus Rail, puis Tata Steel en 2010 et, enfin, British Steel en 2016. En Europe, son principal rival sur le marché des rails est ArcelorMittal.