Rupture conventionnelle collective : le blues des salariés chez Dunlop

La mise en place de cette procédure dans l’usine de Montluçon s’est traduite par 88 départs, mais aussi par des difficultés accrues pour ceux qui sont restés.

Par Aline Leclerc Publié aujourd’hui à 05h25

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Grève d’employés de l’usine Goodyear Dunlop de Montluçon (Allier), le 31 janvier.
Grève d’employés de l’usine Goodyear Dunlop de Montluçon (Allier), le 31 janvier. FLORIAN SALESSE / LA MONTAGNE / MAXPPP

Quand on avait contacté les responsables syndicaux de l’usine Dunlop-Goodyear de Montluçon (Allier) fin septembre, peu avant l’aboutissement de la rupture conventionnelle collective (RCC) mise en place dans l’entreprise, on les avait trouvés plutôt positifs. Aucun ne se réjouissait des 88 suppressions d’emplois – « ce n’est jamais une bonne nouvelle » –, mais ils reconnaissaient que cette nouvelle procédure créée un an plus tôt par les ordonnances travail avait au moins l’avantage de mettre en œuvre une négociation à froid, dépassionnée, sur la base du volontariat uniquement, alors que planait la menace d’un plan social.

La direction du fabricant de pneus – qui n’a répondu aux sollicitations du Monde que par un court communiqué – est l’une des premières en France à s’être saisie du dispositif qui permet de supprimer des postes sans devoir justifier de difficultés économiques, contrairement à un plan de sauvegarde de l’emploi ou un plan de départ volontaire. Dans le cas de Dunlop, la RCC était un outil de son « plan performance » visant à améliorer la productivité d’une usine présentée comme la moins compétitive des sites Goodyear en Europe : il prévoyait une réorganisation du travail afin de réduire de 20 % le coût du pneu, en produisant autant avec moins de salariés.

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Le document de présentation du plan insistait d’ailleurs sur le côté « consensuel » de cet « ajustement » des effectifs en « favorisant une organisation (…) plus souple et plus adaptée ». La direction avait communiqué une liste des postes où elle souhaitait des départs, en particulier au sein des deux équipes de week-end qu’elle ambitionnait de réduire à une seule.

Une enveloppe de départ intéressante

La CGT, syndicat ultramajoritaire, comme la CFDT, ont accepté de s’asseoir autour de la table pour négocier les conditions de départ. « Par principe, la CGT est opposée aux RCC, mais il y a aussi le principe de réalité. Les salariés y étaient globalement favorables, on a été pragmatique », précise David Guillaume, délégué CGT chez Dunlop à Montluçon.

Mesures financières incitatives avec de conséquentes indemnités supra-légales, congé mobilité, plan de formation, aide à la création d’entreprise, l’enveloppe de départ est intéressante. « Mais on n’a pas trop fait monter les enchères, pour que l’engouement soit mesuré, explique David Guillaume. D’abord pour que ceux qui se portaient volontaires prennent le temps de réfléchir à deux fois : Goodyear est plutôt une bonne boîte et Montluçon n’est pas non plus le supermarché du travail. Ensuite pour maintenir le rapport de force avec la direction : comme elle n’avait pas l’embarras du choix dans les candidats, elle n’a pas pu choisir à sa guise qui partait ou non, et a dû au contraire beaucoup adapter et individualiser les propositions. »