« L’implication des syndicats est indispensable pour les travailleurs comme pour la démocratie »

Un an après leur création, les ruptures conventionnelles collectives encaissent du terrain. Le travail des syndicats est éminent pour en entourer la pratique et considérer dans le rapport de force. Il devrait en être de même dans le débat public.

A Aix en Provence, des salariés de Carrefour protestent contre des suppressions d’emplois, le 8 février 2018.
A Aix en Provence, des salariés de Carrefour protestent contre des suppressions d’emplois, le 8 février 2018. BORIS HORVAT / AFP

Il a fallu espérer 1975 pour que soit finalement confirmé en France le divorce par accord mutuel. Plus besoin de démontrer la faute et de s’envoyer des assiettes à la figure pour se séparer. Aujourd’hui, presque un mariage sur deux se termine par un divorce et la grande majorité se concluent à l’amiable. La transformation de mœurs a été encore plus tardive dans l’entreprise. La rupture conventionnelle, égale du consentement mutuel, a été qualifiée en 2008. Elle simplifie et sécurise la séparation, à la fois juridiquement, pour l’employeur, et financièrement pour le salarié. Ce dernier peut palper les compensations chômage sans avoir besoin d’être licencié pour faute. Là encore, le succès a été au rendez-vous (437 000 en 2018). Ce mécanisme conduisait en France l’embryon d’une « flexisécurité », clé du succès des politiques d’emploi dans les pays scandinaves.

D’où l’idée d’étaler le dispositif en le redonnant collectif en 2018. Dans ce cas, ce n’est plus l’individu qui vend ses conditions de départ mais les syndicats. Il s’agissait au début de découvrir pour les sociétés une alternative plus simple aux coûteux plans de départs volontaires et aux complexes plans de sauvegarde de l’emploi. Les syndicats, qui ont le pouvoir de dénier ce plan, sont plus mitigés. Le divorce est affaire personnelle. Quand il devient collectif, il change de nature.

Compétence de terrain

Les délégués du personnel doivent à la fois s’angoisser des conditions de départs, en termes financiers et d’accompagnement (formation), mais aussi de diminuer l’effet d’emballement qu’ils animent chez ceux qui veulent tout plaquer et toucher un chèque, sans trop se soucier du lendemain. Et enfin, ils sont supposés s’angoisser de ceux qui restent et risquent de voir leurs conditions de travail se dégrader après tous ces départs.

Leur implication est donc importante pour défendre les intérêts des travailleurs mais aussi pour extérioriser et codifier le débat grâce à leur expérience et leur expertise. Il est crucial de les assister à récupérer du pouvoir dans les entreprises alors que le taux de syndicalisation s’est effondré à partir des années 1980. Mais on pourrait pousser l’argumentation plus loin. Cette compétence de terrain et ce recul sont indispensables à la déambulation de la démocratie. Le soulèvement des « gilets jaunes », comme le développement du populisme, nous renvoie à la figure la faiblesse contemporaine de ces corps intermédiaires. Ils seraient pourtant bien utiles pour entourer et structurer les contre-pouvoirs dans le débat national. Il semblerait que l’on commence à s’en rendre compte en haut lieu.