Les 22 000 « départs naturels » chez France Télécom enseignés par Didier Lombard durant l’audience

Cécile Louis-Loyant et ses assesseurs, lors du procès France Télécom.
Cécile Louis-Loyant et ses assesseurs, lors du procès France Télécom. ERWAN FAGES

Le chiffre annoncé par le PDG en 2006 était-il une simple « prévision » ou une « cible » qui a collaboré au climat nuisible qui gouvernait dans l’entreprise ?

Au début, il faut dire un mot de la présidente du tribunal, Cécile Louis-Loyant. De son obstination à concevoir et de son humilité à dire ce qu’elle ne conçoit pas. Le tout donne une conduite des débats à la fois ouverte et incommode, qui s’est encore vérifiée, jeudi 16 mai, au septième jour d’audience de France Télécom.

La question du jour approchait la clé de voûte de ce dossier : le chiffre de « 22 000 départs naturels » sur 120 000 salariés avisé par Didier Lombard à la presse et aux milieux financiers le 14 février 2006. Etait-il une simple « prévision », réalisée sur les évaluations des années précédentes comme le supportent les prévenus ? Ou constituait-il une « cible » à atteindre coûte que coûte, qui a résolu la mise en place d’une stratégie d’entreprise « visant à attaquer les salariés et agents et à créer un climat professionnel anxiogène », comme le soutiennent les juges d’instruction qui ont déterminé le renvoi de M. Lombard et de six autres ex-responsables de l’entreprise pour harcèlement moral ou connivence de ce délit devant le tribunal correctionnel ?

« D’où sort ce chiffre de 22 000 départs naturels, Monsieur Lombard ?, sollicite la présidente.

– A l’automne 2005, il fallait que j’aie un ordre de grandeur. J’ai demandé un chiffre prévisionnel à la direction financière et c’est comme ça que ce chiffre est arrivé.

– A la direction financière ?, s’étonne Cécile Louis-Loyant. Pourquoi ne l’avez-vous pas demandé à la direction des ressources humaines ?

(“Ah !”, murmure le public de parties civiles et de délégués syndicaux.)

– La direction financière faisait la synthèse… »

(“Oh !”, s’étonne le public.)

Didier Lombard retire son explication.

« Ce chiffre ne m’a pas heurté. Tout cela vient du surrecrutement qui a eu lieu dans les années 1970 et 1980. Ces personnels parvenaient à la fin de leur carrière. Il faut aider le cours de l’histoire. En 1974, il y avait six millions de lignes téléphoniques en France. Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, il a été décidé d’en ouvrir vingt millions en deux ans. Il a donc fallu recruter en urgence de personnes additionnelles. On a créé des concours sur titre de manière dérogatoire. Puis, en 1981, il a fallu amener la fibre dans les grandes villes. Les municipalités ont créé des sociétés locales d’exploitation du câble, mais le service ne suivait pas. Du coup, tout le personnel de ces sociétés a été récupéré par France Télécom. Si vous regardiez la pyramide des âges de l’entreprise, vous voyiez qu’elle était boursouflée. J’ai donc réfléchi que cette génération était encore là.