L’augmentation des rémunérations minimums en Europe ne profite pas à tous

Une hausse trop rapide du smic peut, dans certains cas, décourager les embauches des femmes et se traduire par leur exclusion du marché du travail.

Une augmentation trop rapide du smic peut, dans quelques cas, décourager les embauches des femmes et se traduire par leur exclusion du marché du travail. LOIC VENANCE / AFPSi, depuis janvier 2018, les smics ont intensifié dans la majorité des pays de l’UE, la situation demeure très disparate. D’après l’étude d’Eurofound, qui passe à l’abri la politique des différents pays en la matière, le rôle des partenaires sociaux est décisif.

C’est l’un des formes les plus positifs de la reprise économique, comme de la santé recouvrée du marché de l’emploi : depuis janvier 2018, les rétributions minimums ont élevé dans presque tous les pays membres de l’Union européenne, surtout en Espagne (+ 22 %), en Bulgarie (+ 10 %) ou encore en Grèce (+ 10 %), où il n’avait pas amélioré depuis 2012. « C’est une bonne nouvelle, mais dans les faits, tous les travailleurs n’ont pas ressenti les effets de cette hausse en termes de revenus et de réduction des inégalités salariales », nuance Christine Aumayr, chercheuse à la Fondation européenne pour la consolidation des modalités de vie et de travail (Eurofound).

Son institution vient d’éditer un rapport passant au crible la politique des différents Etats membres en la matière, et compilant les derniers travaux de préciosité sur le sujet. Premier constat : l’Europe de l’Est, où les salaires minimums ont élevé plus vite qu’à l’Ouest depuis une décennie, continue son rattrapage progressif vers la moyenne européenne.

286 euros mensuels brut en Bulgarie, 2 071 euros au Luxembourg

Le tableau reste cependant très disparate selon les Etats, l’équivalent du smic variant de 286 euros mensuels brut en Bulgarie à 2 071 euros au Luxembourg. En outre, six des vingt-huit pays membres (Chypre, Italie, Danemark, Suède, Finlande, Autriche) n’établissent pas de salaire minimum au niveau national, mais à l’échelle des branches professionnelles, ou par négociation entre les partenaires sociaux.

Reste que confronter le niveau des smics n’a de sens que si l’on se penche aussi sur l’évolution des prix dans les pays, leur niveau de vie et principalement, la fiscalité pesant sur les travailleurs. Exemple : en montant brut, le salaire minimum a franchi de près de 38,7 % en Lituanie depuis janvier 2018, allant de 400 à 555 euros. « Sauf que dans le même temps, les cotisations sociales jusque-là payées par les employeurs ont été transportées sur les salaires, déclare Mme Aumayr, coauteur du rapport. Résultat : en termes réels, l’augmentation n’a été que de 7,5 %. »

Ces dernières années, la Hongrie et la Roumanie ont réalisé des transformations similaires. Une fois prises en compte les taxes et cotisations sociales, l’écart entre le smic brut et net est ainsi de 39,5 % en Lituanie et Roumanie, de 32 % en Suède, de 22 % en France, mais de 8 % uniquement en Espagne, et 4 % en Estonie et en Belgique. « Dans les grandes villes, où le marché immobilier est tendu, la hausse des salaires a également pu être en partie absorbée par celle des prix de l’immobilier », déclare Christine Aumayr.