Aux Etats-Unis, le MBA n’est plus prophète en son pays

Après des années de croissance, la prestigieuse formation de Master of Business Administration subit une désaffection sensible aux Etats-Unis, notamment de la part des étudiants étrangers, au profit de l’Asie et de l’Europe.

Par Arnaud Leparmentier Publié aujourd’hui à 02h00

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Quentin Faucompré

Amy Nelson a grandi dans une petite ville perdue du Midwest, près de Saint-Louis (Missouri), élevée seule par sa mère. Mais elle a quitté l’Amérique profonde : après des études en Californie et un début de carrière dans des ONG, la jeune femme a suivi un Master Business of Administration (MBA) à la prestigieuse New York University (NYU), au cœur de Manhattan, en 2011 et 2012.

Rêve américain

Amy Nelson incarne ce rêve américain que l’on dit moribond. Pourtant, elle pousse un coup de gueule contre le système qui lui a permis de s’en sortir. Six ans après son diplôme, endettée à hauteur de 250 000 dollars (soit plus de 220 000 euros), elle s’en prend au système des MBA.

Bien sûr, elle a eu droit à une bourse la première année, de 40 000 dollars environ. Mais elle n’a pas réussi à l’obtenir pour la seconde année, alors que les frais de scolarité sont de 70 000 dollars par an. Il a fallu payer le loyer à Brooklyn, la garde de ses deux enfants, qu’elle élevait seule à l’époque, et voilà comment elle s’est retrouvée endettée jusqu’au cou.

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250 000 dollars, c’est élevé, mais pas inhabituel. La carrière d’Amy Nelson a bien progressé : entrée en 2013 avec un salaire de 90 000 dollars annuel dans une ONG de 35 salariés, Venture for America, qui aide les entrepreneurs à se lancer dans les zones défavorisées des Etats-Unis, comme Detroit et La Nouvelle-Orléans, elle en est devenue directrice générale et gagne 200 000 dollars par an.

Un revenu important qui ne lui permet pas pour autant de rembourser sa dette et qui est sans commune mesure avec les salaires de ceux qui ont choisi la voie royale après les MBA, entrant chez Goldman Sachs (finance), McKinsey (stratégie), Procter & Gamble (marketing) ou Amazon (technologie), des entreprises qui recrutent sur les campus, parfois même avant la rentrée scolaire.

Programme gouvernemental

Le MBA, « c’est un diplôme utile pour les gens qui veulent entrer dans la banque ou le conseil », explique Amy Nelson. Mais beaucoup moins pour ceux qui veulent devenir entrepreneurs. La jeune femme estime que le MBA n’apporte pas de différence fondamentale dans les jobs comme le sien. « Le premier obstacle à la création d’entreprise, c’est la dette étudiante », dit-elle, citant une enquête du Wall Street Journal.

« Le premier obstacle à la création d’entreprise, c’est la dette étudiante » Amy Nelson